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Arrête ton char Dassault !

Petite analyse critique de cette vidéo proposée par Jean-Pierre Houdin et Dassault Systèmes comme étant la meilleure méthode pour construire la grande pyramide.

La vidéo commence très fort avec une poutre de 60 tonnes posée sur la tranche et qui vient de parcourir près de 1000 km sur une barge.
60 tonnes c’est le poids d’une poutre en granite d’environ 7m de longueur avec  une section de 1.50m x 2.10m.
Pour que la barge chargée flotte, il faut que le poids de la barge avec la poutre soit inférieur au poids du volume d’eau déplacé par la coque de la barge. Ici c’est loin d’être le cas !
Dans la vidéo ci-dessous, je vous propose de découvrir comment les égyptologues ont réussi à transporter avec beaucoup de mal, d’une rive  à l’autre du nil, un simple bloc en calcaire de 2.6 tonnes.

Une chose est sure, il vaut mieux poser la poutre à plat plutôt  que sur la tranche si on veut éviter le chavirement de la barge.  Il y a une vingtaine d’année, j’avais vu une émission télévisée qui démontrait qu’il valait mieux  attacher le bloc sous la coque du navire plutôt que de le poser dessus si on voulait éviter tout risque de chavirement. Personnellement si j’avais eu à résoudre le problème du transport d’un bloc de  granite de 60 tonnes, j’aurais opté pour la solution suivante

 

Au départ , il y a une écluse vide . On pose les deux flotteurs (barges en bois) et la corde à plat sur le sol. On pose la poutre sur les cordes puis on ouvre l’écluse. Une fois dans l’eau, le poids de la poutre resserre les flotteurs contre elle et on les attache entre eux par le dessus pour qu’ils  restent serrés contre la poutre.

Dans cette configuration, la poutre immergée bénéficie de la poussée d’Archimède qui allège  son poids d’environ 22 tonnes  et elle est protégée des chocs par les flotteurs. Elle peut ensuite descendre le Nil.

Dassault construit des avions mais pas des bateaux, ça se voit . Construit-il des pyramide pour autant ? C’est ce que nous allons voir maintenant !

La pose des blocs de façade

Un bon point pour le fait que les blocs de façade sont posés en premier mais contrairement à la vidéo qui montre des blocs qui ont tous la même taille, les vrais blocs de façade sont de largeur et de longueur variable. On le voit clairement sur cette photographie.

Les constructeurs sont bien loins d’avoir prévu la simplicité. Cette pyramide est un vrai puzzle de pierre.

Les rampes externes

Le survol du site nous montre deux grandes rampes externes. La première vient du port  et fait environ un kilomètre de longueur.
La deuxième qui fait environ trois cent mètres de longueur,  se raccorde en biais sur la gauche de la face sud de la grande pyramide et est censée monter progressivement jusqu’au niveau bas de la chambre du roi.

 

Monter progressivement au fur et à mesure de l’évolution du chantier, cela veut dire qu’a chaque niveau de pierre posée, il faut revoir toute la surface de circulation de la rampe pour la rehausser et aussi  que cela influe sur son angle d’inclinaison.
Pour résoudre ce problème sans bloquer l’acheminement des pierres, Jean-Pierre Houdin  propose  une rampe ou plutôt une autoroute à deux voies qui à vue de nez, ne doit pas faire loin de 50m à 60m de largeur.

Pendant que la voie de droite permet d’acheminer les pierres servant à la construction de la pyramide, celle de gauche  sert à rehausser la rampe pour le niveau suivant.
Dans la pratique ce n’est pas vraiment évident à réaliser car la surface de roulement doit être assez lisse pour permettre le glissement des traineaux.
Et si elle est lisse, comment être sur que cela ne va pas finir par engendrer un glissement entre les différentes couches qui vont constituer la rampe ?
Le mieux serait de procéder comme dans le dessin ci-dessous  qui prévoit un allongement de la rampe au fur et à mesure que la pyramide se construit,  quitte à rectifier légèrement la pente pour ne pas que la rampe finale soit trop longue.

Dans la vidéo de Jean-Pierre Houdin, il semblerait que le remplissage de la rampe 1 se fasse sur trois cent mètres  de longueur et idem pour la rampe 2 et les autres rampes qui s’empilent les une sur les autres. Un vrai gaspillage de temps par rapport à ma solution.

Et les cordages dans tout ça  ?

Il en faut forcement pour tirer les pierres. Et des longs en plus car pour aider à l’acheminement des poutres de la chambre du roi , Jean Pierre Houdin a prevu sept cordes d’un kilomètre de longueur reliées à un contrepoids. Le même genre que celui qu’il utilise pour la grande galerie.

Le poids d’une corde de 40 mm est d’environ 950 Kg pour 1000 m et comme il y en a sept, on en arrive à un poids final de 6650 kg qui se rajoute au poids de la poutre à tirer et de son traineau.
Pour éviter que les sept cordes ne  trainent par terre du fait de leur poids, il faudra prévoir à intervalles d’environ une quinzaine  de mètres , deux ouvriers qui les soulèvent à l’aide d’un baton.

 

 

 

 

 

 

 

 

Ensuite vient le problème des nœuds car une corde d’un kilomètre de long ne se produisait surement pas en un seul morceau.
Le  nœud  pas vraiment  gênant en soit sauf s’il doit passer au dessus d’un rondin ou il risque de bloquer la corde. Je vous laisse imaginer la taille du nœud avec des cordes de 40 mm.

La fausse bonne idée du contrepoids

Dans le système Houdin-Dassault, il faudra aussi réarmer le contrepoids un nombre considérable de fois pour acheminer la totalité du granite nécessaire à la construction de la chambre du roi.

En fait, ce qu’on ne tire pas d’un coté grace au contrepoids, il faut quand même le tirer de l’autre coté pour réarmer le contrepoids 🙂

Et tout ceci pour économiser quoi ?  Le nombre d’hommes nécessaires pour tirer 8.35 tonnes ( le poids du contrepoids, c’est à dire 15 tonnes – 6 tonnes de cordages inutiles sans contrepoids)

Au final la dépense d’énergie globale  est plus importante avec  que sans le contrepoids.

En fait, le contrepoids est une fausse bonne idée pour les raisons suivantes !
Sa conception et sa construction occasionne une perte de temps non négligeable.
Plus les cordes sont longues et nombreuses, plus cela lui rajoute du poids supplémentaire à tirer.
La gestion du passage des nœuds de raccordement  sur les rondins n’est pas évidente.
Son réarmement impose de perdre plus d’énergie et de temps que si on avait tiré directement les poutres sans contrepoids.
Le réarmement du contrepoids nécessite aussi d’enrouler et de bloquer les cordes pour qu’elles restent tendues.
Son démontage en fin de chantier occasionne aussi une perte de temps.

Pour qu’un contrepoids ait un intérêt au niveau de la construction, il faut que son réarmement soit rapide et moins énergivore que sa descente. Or en ce qui concerne le contrepoids de la rampe du port, c’est loin d’être le cas !

Le plus amusant c’est qu’à aucun moment Jean-Pierre Houdin n’imagine que  les constructeurs auraient pu penser à utiliser des bœufs attelés pour tirer leurs traineaux.

Ils les utilisaient pourtant pour tirer les charrues mais on ne sait pour quelle raison, dès qu’il s’agit de la grande pyramide, Houdin  s’acharne à vouloir uniquement des hommes aidés par un contrepoids.

Le hissage des poutres jusqu’au niveau bas de la chambre du roi

Pour hisser les poutres et tous les blocs de granite nécessaire à la création de la chambre du roi, Jean-Pierre Houdin qui a décidé que la grande galerie  servait obligatoirement à la course d’un contrepoids, utilise ce dernier pour tirer cette fois ci, en biais sur les cordages.

Mais rassurez vous, il a prévu un guide cordes pour ne pas qu’elles se resserrent les unes contre les autres. Evidemment , il y a des nœuds sur les cordes qui ne vont pas aimer ça !
Les sept cordes ne font que 450 m chacune et le contrepoids impose un réarmement quasi-impossible vu l’étroitesse de la grande galerie mais peu importe puisque le système fonctionne parfaitement en image de synthèse.

À ce stade de la construction, il est prévu une aire de stockage qui interrompt la rampe interne ainsi que  l’alignement de la façade. Ne perdez pas de vue que l’interruption de la rampe interne n’implique pas une interruption de la pente entre les deux extrémités ouvertes de la rampe interne .
Cette fois-ci on dirait bien que les constructeurs sont capables de tirer les poutres sur cette aire de stockage sans l’aide d’un contrepoids.
Maintenant essayez d’imaginer comment on va pouvoir après coup, reboucher le décaissé de l’aire de stockage en amenant les pierres par la rampe interne. Pas évident du tout car une fois la partie inférieure de la rampe réalisée, il n’y a plus d’accès possible. Il faut donc redescendre des pierres par la rampe qui montait au niveau supérieur tout en se rappelant que chaque couche de pierres a une hauteur spécifique.

Et voici maintenant “l’ingénieux” système  pour hisser les cinq niveaux de  poutres qui coiffent la chambre du roi . D’abord, Il faut  amener des blocs de pierres qui en descendant, vont réarmer le contrepoids. Ensuite on décharge les blocs et on met une poutre , on décharge la poutre mais on ne peut pas la mettre tout de suite en place car on est gênés par les cordages.

Pendant ce temps la, on remonte les blocs qui vont servir une nouvelle fois pour réarmer le contrepoids et ainsi de suite.

Peu importe si la grande galerie est trop basse et que les cordages doivent presque faire deux coudes à 90°. Cette image montre seulement deux niveaux de poutres. Imaginez ce que ça va donner avec cinq niveaux + les chevrons calcaires.

Il était pourtant si simple de se servir de la façade extérieure pour y faire descendre des cordes sur lesquelles sont accrochés des sacs de sable servant de contrepoids. Et en plus les poutres auraient été amenées au plus près de la partie à couvrir.

Oui mais dans ce cas là , à quoi servirait la grande galerie ?  La réponse est la :

L’entrée de la rampe interne sur la face sud

S’il y a bien une trace de l’existence d’une quelconque rampe interne dans cette pyramide, c’est dans le coin est de  la face sud qu’il faut la chercher. En effet à cet endroit, le haut des deux sorties en encorbellement sont justes cachées par un bloc de façade . Et ça tombe bien car comme les blocs de façade ont été enlevés à cet endroit, on devrait facilement apercevoir les encorbellements.

Voici l’endroit ! Merci  Google Street View ! Aucun encorbellement , aucun bloc formant linteau.
Maintenant , en ce qui concerne le reste de la rampe interne, cette analyse critique est toujours d’actualité.

Conclusion

Très belle animation montrant malheureusement un principe de construction qui ne risque pas de fonctionner.
La leçon à en tirer c’est que ce n’est pas parce qu’une vidéo est très bien réalisée que  cela  fonctionne ! La preuve avec cet autre principe de construction qui ne risque pas de fonctionner pour la grande pyramide( du fait de la pression de l’eau et des problèmes d’étanchéité) mais qui pourtant bénéficie d’une très belle vidéo de présentation.

Pour aller plus loin et pour se rapprocher au plus près de la vérité, je vous conseille de regarder les vidéos suivantes.

 

 

 

À propos de la sape du calife AL MAMUN !

Vous vous demandez pourquoi la sape d’AL MAMUN tourne pile à l’endroit qu’il faut pour rejoindre les 3 bouchons de granite du couloir ascendant ?

La réponse est dans cette vidéo.